lundi 31 janvier 2011

Chevaux blancs et cygnes blancs

Cette lettre est datée du 14 août 1280. Nichiren Daïshonin étant alors âgé de cinquante-neuf ans. Elle fut envoyé du mont Minobu à une disciple femme connue seulement sous le nom de "dame d'Utsubusa", vivant à Utsubusa, dans le district Ihara de la province de Suruga.


"Vous dites, dans la lettre que vous avez écrite d'Utsubusa, que le 9ème jour du 8ème mois marquera le centième jour depuis le décés de votre père, et vous offrez, avec un profond respect, dix rouleaux de pièces de monnaie pour une cérémonie à sa mémoire.
Dans la déclaration que vous joignez à cette demande, vous dites : "J'ai récité une fois le Sûtra du Lotus dans sa totalité, trente fois les chapitres Hôben et Jigage, trois cents fois le Jigage et cinquante mille fois le Daîmoku, Nam MyôHô Rengué Kyo." Et vous ajoutez : "Je me souviens avec reconnaissance du voyage de mille lieues, à travers montagnes et rivières, que moi, votre disciple, j'ai effectué pour recevoir de vous le Daïmoku de la Loi merveilleuse, et comment moins de trente jours plus tard le vie de mon père est arrivée à son terme." Vous dites encore : "Même si, malheureusement, il ne reste plus de son corps que des os blanchis dans le jardin de rosée du Jambudvipa, et même s'il n'est plus que poussière indissociable de la terre, je suis persuadée que, sur le pic du vautour, son esprit connaît l'épanouissement de l'Eveil." Et vous terminez par : "Avec tout mon respect, la femme disciple du clan d'Ônakatomi, 3ème année de l'ère Kôan (1280)."
En Inde , le Sûtra du Lotus, enseignement du Véhicule unique, était assez volumineux pour emplir une ville entière d'une longueur et d'une largeur d'un yojana. Mais la version qui en a été introduite au Japon ne comporte que huit volumes. Par le passé, nombreux sont ceux qui, priant pour obtenir des bienfaits en cette vie-ci ou pour renaître dans de bonnes conditions dans la vie suivante, ont vu leurs voeux réalisés en récitant soit l'ensemble des huit volumes, soit un seul volume, soit les chapitres Hôben et Juryô, ou simplement le Jigage. Je n'en dirai pas plus pour l'instant.
Vous dites dans votre lettre que vous avez récité Daïmoku, Nam MyôHô Rengué Kyo, cinquante mille fois. Je me suis demandé si d'autres personnes l'avaient fait avant vous mais elles sont probablement très rares. Certains ont peut-être obtenu des bienfaits en récitant une fois ou deux, mais je n'ai encore jamais entendu parler de personne qui l'ai récité cinquante mille fois.
Tous les phénomènes portent un nom et chaque nom exprime une qualité ou une propriété inhérente à ce qui est désigné. Par exemple, Sekko, "le Général Tigre de pierre", fut ainsi appelé parce qu'il avait transpercé d'une flèche un rocher qu'il avait pris pour un tigre. Et Matodate, le ministre "perce-cible" reçut ce nom parce qu'une de ses flèches avait traversé un bouclier d'acier. Dans les deux cas, le nom indique les qualités d'une personne.
Quant au Sûtra du Lotus, les mérites et les bienfaits de ses huit volumes et vingt-huit chapitres sont tous contenus dans les cinq caractères de son titre. C'est comparable au merveilleux joyau exauçant tous les voeux, capable de dispenser dix mille trésors. Ou bien l'équivalent du principe "un seul grain de poussière contient trois mille mondes".
Le mot "namu" exprime un sentiment de respect et de vénération. C'est pourquoi le vénérable Ananda plaça "namu" au-dessus des deux caractères de nyoze (dans la phrase "nyoze gamon", "Ainsi ai-je entendu") qu'il écrivit au début de tous les sûtras. Le Grand Maître Nan-yue employa les mots Nam MyôHô Rengué Kyo, et le Grand Maître T'ien-t'ai les mots Keishu Nam MyôHô Rengue Kyo.
Le vénérable Ananda était le fils du roi Dronodana et un disciple du Bouddha Shakyamuni, maître de la doctrine. Soixante jours après la disparition de Shakyamuni, Mahakashyapa et les autres disciples, mille personnes au total, ainsi que Monju et les quatre-vingt mille autres bodhisattvas se rassemblèrent dans une grande salle de pratique et pleurèrent la disparition du Bouddha. Ils se concertèrent et dirent : "Même nous, qui avons été au côté du Bouddha pendant tant d'années, au bout seulement de soixante jours, nous ressentons une grande tristesse d'être séparés de lui. Qu'arrivera-t-il alors à ceux qui vivront dans cent ans, dans mille ans ou à l'époque des derniers jours de la Loi ? Quel moyen auront-ils de chérir sa mémoire ?
"Les six maîtres des doctrines non bouddhiques conservent les Quatre Védas et les Dix-Huit Principaux Ecrits enseignés et légués par les Deux Divinités (Shiva et Vishnou) et les Trois Ascètes il y a huit cents ans, afin que les propos de leurs maîtres soient transmis aux époques ultérieures. Ne devrions-nous pas, nous aussi, consigner par écrit les divers principes que, pendant cinquante ans, nous avons entendu le Bouddha enseigner aux Auditeurs et aux grands bodhisattvas, afin que ces enseignements deviennent les yeux des êtres humains à l'avenir ?"
D'un commun accord, ils invitèrent le vénérable Ananda à prendre place sur le siège le plus élevé. Ils levèrent les yeux vers lui avec autant de respect qu'ils en avaient manifesté au Bouddha, et prirent place eux-mêmes sur des sièges un peu plus bas. Puis le bodhisattva Monjurishi récita Nam MyôHô Rengué Kyo, et le vénéable Ananda répondit : Nyoze gamon, "Ainsi ai-je entendu". Alors les 999 autres grands arhat trempèrent tous leur pinceau dans l'encre et écrivirent les mots prononcés.
La totalité des bienfaits représentés par les huit volumes et les vingt-huit chapitres du Sûtra du Lotus sont contenus dans ces cinq caractères. C'est précisément pour cela que le bodhisattva Monjurishi les récita. Et le vénérable Ananda lui répondit en disant : "Oui, en vérité !" Les douze mille auditeurs, les quatre-vingt mille grands bodhisattvas et les divers autres auditeurs des deux mondes et des huit groupes exprimèrent leur assentiment parce que cela correspondait à ce qu'ils avaient entendu auparavant.
Le très sage Grand Maître T'ien-t'ai commenta les cinq caractères de MyôHô Rengué Kyô dans les mille pages de son Hokke Gengi en dix volumes. Le point central de cet ouvrage est le suivant: les quatre-vingt, soixante, ou quarante volumes du sûtra Kegon ; les quelques centaines de volumes des sûtras Agon ; les nombreux volumes du sûtra dajuku hôdô ; les quarante ou six cents volumes du sûtra Daibon hannya ; les quarante ou trente-six volumes du Sûtra du Nirvana, ainsi que les innombrables sûtras en Inde, dans les palais des rois-dragons, dans les cieux et dans les mondes des Dix Directions, aussi nombreux que tous les grains de poussière de la terre - tous ces sûtras sont les serviteurs et les seconds du seul caractère Kyô (sûtra) de MyôHô Rengué Kyô.
De plus, le Grand Maître Miao-lo écrivit des commentaires en dix volumes intitulés Hokke gengi shakusen. Dans cet ouvrage, il déclara que tous les sûtras introduits en Chine après l'époque de T'ien-t'ai, y compris les sûtras portant l'appellation de "nouvelles traductions", étaient tous des serviteurs et des seconds du sûtra du Lotus. Au Japon, pareillement, le Grand Maître Dengyô établit que le sûtra Dainichi et les autres sûtra de l'école Shingon, qui font partie des "nouvelles traductions", étaient tous des serviteurs et des seconds du Sûtra du Lotus. Toutefois, Kôbô, Jikaku, Chishô et d'autres, avancèrent des opinions aussi différentes de ce principe que le feu de l'eau. J'y reviendrai un peu plus loin.
J'expliquerai cela par une comparaison : les cinq ou sept régions autour de la capitale ; les soixante-six provinces ; les deux îles et tous les districts, manoirs, villages, champs et parcelles de terre ; les personnes ; les vaches et les chevaux ; l'or et l'argent, ainsi que tout ce qui se trouve au Japon, tout cela sans exception est contenu dans les trois caractères Ni Honqui Koku qui servent à désigner "le pays du Japon".
Le caractère chinois Ô, utilisé pour écrire "roi" s'écrit avec trois traits horizontaux et un trait vertical. Les trois traits horizontaux représentent le ciel, la terre et l'humanité, tandis que l'unique trait vertical représente le souverain (qui règne sur les trois). Comme le mont Sumeru s'élève, solidement posé sur la grande terre, on appelle souverain celui qui règne sur le ciel,n la terre et les hommes, sans vaciller si peu que ce soit.
Il y a toujours eu deux sortes de souverains, la première étant celle des petits souverains. Dans cette catégorie, on peut ranger les souverains de moindre importance des domaines terrestres et célestes. La seconde sorte est celle des grands souverains. Le roi céleste Daibonten en fait partie. Dans le cas du Japon, celui qui règne sur le pays tout entier pourrait être considéré comme un grand souverain, et les gouverneurs des diverses provinces, comme des petits souverains.
De même, les sûtras des époques Kegon, Agon, Hôdô et Hannya ; le sûtra Dainichi, le Sûtra du Nirvana et les divers autres sûtras enseignés avant le Sûtra du Lotus, en même temps que lui ou après, sont des petits souverains comparables aux gouverneurs des diverses provinces du Japon.
Le Sûtra du Lotus, en revanche, est comparable à un grand souverains, un Fils du Ciel. Par conséquent, les adeptes du Kegon, Shingon et des diverses autres écoles sont comme les sujets et les vassaux du dirigeant du pays. Mais quand les simples sujets tentent de s'approprier les vertus du Fils du Ciel, ils agissent comme des inférieurs essayant de détrôner leur supérieur. C'est comparable à des gens du peuple tournant le dos à leur supérieur pour obéir à des personnes de moindre valeur, ou à des subalternes qui ayant vaincu leurs supérieurs, entraînent à la rébellion et créent des émeutes.
En pareil cas, tous les efforts pour ramener l'ordre dans le monde n'auront d'autre résultat que la confusion dans l'Etat et la perte des personnes impliqués. Ce sera comme vouloir déplacer un arbre sans troubler la paix de ses branches et de ses feuilles, ou souhaiter qu'un navire poursuive paisiblement sa route sur les vagues d'un océan en furie.
Les moines des écoles Kegon, Shingon et Nembutsu, comme ceux des écoles Ritsu et Zen, se vantent de respecter rigoureusement les préceptes, d'avoir une conduite honnête et de posséder une grande sagesse. Mais, en réalité, ils sont dans la situation de personnes nées dans des familles fomentant la rébellion d'inférieurs contre leur supérieur. En ce sens, ils sont les grands ennemis du Sûtra du Lotus. Comment pourraient-ils éviter de tomber dans la grande citadelle de l'enfer Avichi ? Parmi les adeptes des quatre-vingt quinze sortes d'écoles non bouddhiques, beaucoup étaient certainement honnêtes et sages. Mais parce qu'il croyaient en des enseignements erronés, légués par les Deux Divinités et les Trois Ascètes, ils furent condamnés à renaître dans les voies mauvaises de l'existence.
De nos jours, ceux qui récite Namu Amida Butsu se moquent de ceux qui récitent Nam MyôHô Rengué Kyô ou tentent le de les égarer. C'est comme si le millet dénigrait le riz, ou comme si un fermier exprimait la haine de ses propres champs. Cela fait penser à des bandits qui, en l'absence d'un général en chef, croient que leurs raids nocturnes ou leurs actes de pillage resteront impunis; ou à des taupes, qui, tant que le soleil n'est pas levé, se promènent sur le sol en se croyant en sécurité. Mais qu'apparaisse le commandant suprême ou le soleil, Nam MyôHô Rengué Kyô, ils disparaissent aussi rapidement que l'eau éteint des flammes furieuses, ou que des singes apeurés s'enfuient devant des chiens. De nos jours, quand ceux qui psalmodient Namu Amida Butsu entendent le son des voix récitant Nam MyôHô Rengué Kyô, leur visage perd ses couleurs et leurs yeux brûlent de colère, ils perdent la raison et ils tremblent de tout leur corps.
Le Grand Maître Dengyô écrivit : "Quand le soleil se lève, les étoiles se cachent, et quand le talent se manifeste, l'absence de talent devient évidente." Le bodhisattva Nagarjuna déclara : "Les propos erronés sont facile à réfuter, et les opinions fausses, difficiles à soutenir." Le bodhisattva Gunamati déclara : "Son visage avait la couleur de la mort et du deuil, et dans sa voix s'entendaient le chagrin et le ressentiment." Et Fa-souei : "Les tigres féroces des attaques d'autrefois sont maintenant devenus les daims craintifs de l'acceptation." Il faut tenir compte de ces opinions et comprendre leur intention (celle d'affirmer la supériorité du Sûtra du Lotus).
Proclamons ouvertement et clairement les mérites de MyôHô Rengue Kyô ! Comme le poison se change en élixir, les cinq caractères de Nam MyôHô Rengué Kyô transforment le mal en bien. La source des Joyaux est appelée ainsi parce qu'en elle, les cailloux se transforment en pierres précieuses. De même ces cinq caractères peuvent changer un simple mortel en bouddha. Ainsi, puisque votre défunt père a récité Nam MyôHô Rengué Kyô de son vivant, il a atteint la boddheité sans changer d'apparence, comme une pierre ordinaire se change en joyau.
La façon dont vous avez agi est la plus noble forme de piété filiale. Car il est dit dans un passage du Sûtra du Lotus : "Ces deux fils qui sont les miens ont accompli l'oeuvre du Bouddha." Et aussi: "Ces deux fils ont été mes bons amis bouddhiques." (Chap 15)
Il y eut, il y a bien longtemps, un grand roi appelé Rinda. Lorsque ce souverain entendait le hennissement de chevaux blancs, il conservait un teint frais, il était plein de force et de vitalité et se sentait rassasié sans même avoir besoin de manger. Même ses ennemis des pays voisins dénouaient leur armure et respectaient ses frontières.
Mais les chevaux blancs ne hennissaient qu'à la vue de cygnes blancs. Et, peut-être parce que les façons de gouverner du souverain étaient mauvaises, ou peut-être en raison d'un mauvais karma hérité du passé, un jour, tous les cygnes blancs disparurent. Alors, les chevaux blancs cessèrent de hennir. Parce qu'il n'entendait plus le hennissement des chevaux blancs, le teint du roi perdit ses belles couleurs, sa force diminua, son corps devint maigre et fragile, et les mesures prises par son gouvernement devinrent superficielles et inefficaces.
Le désordre régna bientôt dans le pays. Le roi se demandait ce qu'il pourrait faire si l'armée d'un pays étranger décidait d'attaquer le sien. Il émit donc un décret disant : "Nombreux sont ceux qui, dans notre pays, pratiquent des enseignements non bouddhiques et nous les protégeons et les soutenons. Et il en va de même pour les enseignements bouddhiques. Mais les non-bouddhistes et les bouddhistes ne parviennent pas à s'entendre. Je décide aujourd'hui de rendre officielle la pratique de celui des deux groupes qui saura faire hennir les chevaux blancs. Et l'autre groupe sera banni du pays."
Alors, tous les maîtres des écoles non bouddhiques se réunirent. Ils s'efforcèrent de faire revenir les cygnes blancs afin que les chevaux blancs se remettent à hennir, mais aucun cygne ne réapparut. Par le passé, ces grands maîtres avaient fait apparaître des nuages et des brouillards, souffler le vent et se soulever les vagues ; ils avaient fait jaillir de leur corps de l'eau ou du feu, métamorphosé des hommes en chevaux et des chevaux en hommes, et réalisé tous leurs désirs quels qu'ils soient. Mais, pour une raison quelconque, en cette occasion, ils ne parvinrent pas à faire réapparaître les cygnes.
A la même époque vivait un disciple du Bouddha appelé Bodhisattva Ashvagosha (dont le nom signifiait Hennissement du cheval). Il adressa des prières à tous les bouddhas des Dix Directions, et immédiatement, quelques cygnes revinrent et plusieurs chevaux se remirent à hennir. Dès que ce son parvint aux oreilles du roi, son teint s'améliora quelque peu, sa force revint et sa peau reprit meilleure apparence. Un cygne blanc, puis deux, puis mille réapparurent, et mille chevaux blancs se mirent à hennir tous ensemble, comme des coqs annonçant l'aube. Le roi entendit cela et son teint devint aussi resplendissant que le soleil, sa peau aussi fraîche que la lune, sa force aussi grande que celle du roi Naraen et son gouvernement aussi sage que celui du dieu Bonten.
Et dès lors, parce que les décrets du souverain sont irréversibles et qu'il est aussi impossible d'empêcher leur application que de retenir sa propre sueur, tous les lieux de culte des écoles non bouddhiques furent changés en temples bouddhiques.
Le Japon d'aujourd'hui fait penser à cette histoire du roi Rinda. Au début, le pays connut le règne des empereurs célestes. Mais, à l'approche des Derniers Jours de la Loi, les conceptions des gens se déformèrent et l'Avidité, la Colère et l'Ignorance se renforcèrent. La sagesse des divinités étant devenue superficielle, leur autorité et leur pouvoir diminuèrent et elles ne réussirent même plus à protéger ceux qui leur adressaient des prières. C'est alors que ce grand enseignement, le bouddhisme, fut introduit dans le pays et s'y répandit peu à peu. Le coeur des gens redevint honnête et droit, et le pouvoir et l'autorité des divinités furent renforcés. Mais de nombreuses conceptions erronés vinrent se mêler aux croyances bouddhiques et, pour cette raison, la situation du pays devint périlleuse.
Le Grand Maître Dengyô entreprit donc de voyager jusqu'en Chine et se livra, là-bas, à une comparaison rigoureuse de tous les enseignements sacrés du Japon, de Chine et d'Inde. Il rejeta ceux qui étaient inférieurs et choisit ceux qui étaient valables, les examinant un à un, sans préjugé ni parti-pris. Pour finir, il choisit le Sûtra du Lotus et deux autres sûtras (Konkomyô et Ninnô) les désignant comme les trois sûtra qui assureraient la protection du pays.
D'autres sages, toutefois, comme le Grand Maître Kôbô, le Grand Maître Jikaku et le Grand Maître Chishô, en prétendant fonder leurs arguments sur des enseignements venus de Chine ou d'Inde, entreprirent de reléguer le Sûtra du Lotus au deuxième ou troisième rang parmi les sûtras, le qualifiant de "théorie puérile", ou prétendant qu'il n'était pas encore sorti di "domaine de l'obscurité". A la place du Sûtra du Lotus, ils donnèrent la position suprême aux trois sûtras du Shingon (Dainichi, Kongôshô et Sochitsuji).
Ainsi, l'époque devint-elle peu à peu celle de la rebellion des inférieurs contre les supérieurs, et ces théories erronées se répandirent dans le pays entier. Cela entraîna de nombreuses personnes dans les mauvaises voies de l'existence.Les divinités perdirent peu à peu toute autorité, trouvant de nouveau difficile de protéger même ceux qui leur adressaient des prières. Ainsi, on constate que les cinq souverains du pays, du 81ème au85ème, ou bien se sont noyés dans l'océan de l'ouest, ou bien ont été abandonnés sur des îles au beau milieu des quatre mers. De leur vivant, ils furent considérés comme des démons et, après leur mort, ils tombèrent dans l'enfer des souffrances incessantes.
Tant que personne ne comprenait la cause de cette situation, il était impossible d'y remédier. Mais maintenant, moi, Nichiren, étant conscient de tout cela, j'en ai une vision d'ensemble. Pour m'acquitter de ma dette de reconnaissance envers mon pays, je m'efforce de l'expliquer. Mais cela ne fait que susciter de la haine envers moi.
J'en resterai là. Je voudrais seulement dire que votre père aimé est comparable au roi Rinda, et vous, au bodhisattva Ashvagosha. Les cygnes blancs représentent le Sûtra du Lotus, les chevaux blancs symbolisent Nichiren, et le hennissement des chevaux blancs est le son de Nam MyôHô Rengué Kyô. Ainsi, de même que, lorsqu'il entendait le hennissement des chevaux blancs, le corps du roi Rinda gagnait en force et son teint en éclat, au son de votre voix récitant Nam MyôHô Rengué Kyô, votre père regretté se réjouit dans l'état de bouddha.

Le 14ème jour du 8ème mois de la 3ème année de Kôan (1280),
Réponse à la dame d'Utsubusa.

mardi 11 janvier 2011

Sur les prédictions du Bouddha

Le manuscrit n'indiquant aucun destinataire, on pense que cette lettre était destinée à circuler parmi les croyants. Il est daté du 11 mai 1273.

"Il est dit dans le septième volume du Sûtra du Lotus : "Dans la cinquième période de cinq cents ans aprèsj ma mort, accomplissez kosen rufu dans le monde entier et ne laissez jamais son flot tarir." (Sûtra du Lotus, chap 23).
D'une certaine façon, je trouve regrettable que plus de deux mille deux cent vingt ans se soient déjà écoulés depuis la mort du Bouddha. Quel mauvais karma m'a empêché de naître de son vivant ? Pourquoi n'ai-je pas pu voir les quatre rangs de saints à l'époque de la Loi correcte, ou T'ien-t'ai et Dengyô à l'époque de la Loi formelle ?
Mais, par ailleurs, je me réjouis de la bonne fortune qui m'a permis de naître dans la cinquième période de cinq cents ans et de lire ces mots du Bouddha.
Il aurait été du reste inutile que je naisse du vivant du Bouddha, car ceux qui ont suivi les enseignements des Quatre saveurs inférieures n'avaient pas encore entendu le Sûtra du Lotus. Je le répète donc, être né à l'époque de la Loi correcte et de la Loi formelle n'aurait eu aucun sens puisque ni ceux qui étudiaient les doctrines des trois écoles du Sud ou des sept écoles du Nord de la rivière Yang-tsé, ni ceux qui appartenaient aux écoles Kegon, Shingon ou à d'autres, ne croyaient au Sûtra du Lotus.
Le grand maître T'ien-t'ai a dit : "Dans la cinquième période de cinq cents ans, la voie mystique se répandra et apportera des bienfaits à l'humanité pour longtemps à l'avenir." (Hokke Mongu, vol 1). Cela ne décrit-il pas l'époque de Kosen Rufu ? Le grand maître Dengyô a dit : "Les périodes de la Loi correcte et de la Loi formelle sont presque terminées, et celle des Derniers jours de la Loi est proche." (Shugo Kokkai Shô). Ces mots indiquent son grand désir de vivre au commencement de l'époque des Derniers jours de la Loi. Lorsque l'on compare les bienfaits de vivre aux trois époques différentes, il est clair que les miens dépassent non seulement ceux de Nagarjuna et de Vasubandhu, mais aussi ceux de T'ien-t'ai et de Dengyô.
Question. - Vous n'êtes pas la seule personne à vivre dans cette cinquième période de cinq cents ans ; quel motif avez-vous de vous réjouir personnellement de vivre maintenant ?
Réponse. - On peut lire dans le quatrième volume du Sûtra du Lotus : "Puisque haine et jalousie abondent déjà du vivant du Bouddha, cela ne sera-t-il pas pire encore dans le monde après son trépas ?" (Sûtra du Lotus, chap 10). Le grand maître T'ien-t'ai a déclaré : "cela sera pire encore à l'avenir car le Sûtra du Lotus est difficile à enseigner". (Hokke Mongu, vol 8). Le grand maître Miao-lo expliqua cela ainsi : "T'ien-t'ai déclare le Sûtra du Lotus "difficile à enseigner" pour nous indiquer combien il est difficile de le faire comprendre". (Hokke Mongu Ki). Le moine Tche-tou déclara : "On dit qu'un bon médicament a un goût amer. De même, ce sûtra brise les attachements aux Cinq Véhicules et établit l'enseignement suprême et unique. Il montre leurs erreurs aux personnes ordinaires, et critique les saints, corrige le Mahayana (Grand véhicule) et réfute le Hinayana (Petit véhicule). Tous ceux qui sont réfutés persécutent les croyants du Sûtra du Lotus." (Hokekô Shogisan). Le grand Maître Dengyô a dit : "La propagation de l'enseignement juste commencera à la fin de l'époque de la Loi Formelle et au début de celle des Derniers Jours de la Loi, dans une terre à l'est de T'ang et à l'ouest de Katsu (qui désigne le Japon sur les cartes anciennes), parmi des gens souillés par les cinq impuretés et vivant dans une période de conflits. Le Sûtra dit : "Puisque haine et jalousie abondent déjà du vivant du Bouddha, cela ne sera-t-il pas pire dans le monde après son trépas?" Il y a de bonnes raisons pour dire cela". (Hokke Shûku). Le grand Maître Dengyô écrivait comme s'il s'était agi de sa propre époque mais, en fait, il se référait à l'époque actuelle. C'est ce qui donne une signification si profonde à ses mots : Les époques de la Loi juste et de la Loi formelle sont presque terminées et celle des Derniers jours de la Loi est proche."
Il est dit dans le sûtra : "Les démons, les gens sous leur influence, les esprits du ciel et de la mer, des démons maléfiques appelés Yasha, des démons qui sapent la vitalité humaine et d'autre encore prendront l'avantage." (Sûtra du Lotus, chap 23). Un autre sûtra énumère ces autres démons : "Les Yashas, des démons subtils, des démons affamés, des démons de la saleté, des démons vengeurs, rouges, oranges, noirs et bleus, etc." (Sûtra du Lotus, chap 26). Ces passages expliquent que ceux qui, dans des vies précédentes, ont suivi les enseignements des Quatre Saveurs, ou les Trois Doctrine, le Brahmanisme, ou les doctrines de l'humanité et du bonheur temporaire apparaissent dans cette vie sous forme de démons, d'esprits ou d'êtres humains qui persécutent le pratiquant de l'enseignement véritable et parfait quand ils le voient ou l'entendent.
Question. - Si l'on compare les époques de la Loi juste et de la Loi formelle avec celle des Derniers Jours de la Loi, il me semble que les deux premières étaient bien supérieures du point de vue du temps et de la capacité innée des gens. Pourquoi ces facteurs de temps et de capacité sont-ils ignorés dans le Sûtra du Lotus qui se réfère exclusivement à notre époque ?
Réponse. - Les pensées du Bouddha sont difficile à sonder. En vérité, je suis moi-même encore incapable de le faire. Toutefois, nous pouvons essayer de comprendre, en partant du bouddhisme Hinayana. Pendant les mille ans de l'époque de la Loi correcte, le Hinayana était parfaitement doté des trois éléments, enseignement, pratique et preuve. Dans les mille ans de la Loi formelle qui suivirent, seuls l'enseignement et la pratique demeurèrent, mais il n'y eut plus aucune preuve. Maintenant, à l'époque des derniers jours de la Loi, l'enseignement demeurent, mais il y a ni pratique ni preuve. Examinons cela du point de vue du Sûtra du Lotus : dans les mille ans de la Loi correcte, les personnes qui possédaient ces trois éléments (enseignement, pratique et preuve) avaient probablement créé un lien par leur foi avec le Sûtra du Lotus, du vivant du Bouddha. Elles renaquirent à l'époque de la Loi correcte et purent obtenir la preuve du Hinayana par son enseignement et sa pratique. Ceux qui naquirent à l'époque de la Loi formelle n'avaient pas créé de lien profond avec le Sûtra du Lotus, du vivant du Bouddha, et ne purent pas, par conséquent, obtenir la preuve du Hinayana. Ils se tournèrent alors vers le Mahayana transitoire et parvinrent ainsi à naître dans des terres pures à travers tout l'univers. A l'époque de la dernière période de la Loi, on ne peut plus obtenir aucun bienfait, ni du Mahayana ni du Hinayana. Du Hinayana ne reste plus rien que l'enseignement ; il n'y a plus ni pratique ni preuve. Le Mahayana a toujours son enseignement et sa pratique, mais il ne produit plus le moindre bienfait, visible ou invisible.
De plus, les écoles du Hinayana et du Mahayana transitoire, fondées au époques de la Loi correcte et de la Loi formelle, s'accroche avec de plus en plus d'entêtement à leur doctrine aux début des derniers jours de la Loi. Ceux qui adhèrent au Hinayana rejettent le Mahayana, et ceux qui adhèrent aux enseignements transitoires attaquent les enseignements justes, jusqu'à ce que le pays soit empli de personnes qui offensent la Loi. Ceux qui tombent dans les voies mauvaises en raison de leur pratique erronée du bouddhisme sont plus nombreux que les particules de poussière qui composent la Terre, alors que ceux qui atteignent la boddhéité en pratiquant les enseignements corrects sont plus rares que les grains de poussière pouvant tenir sous un ongle. Les divinités ont maintenant abandonné le pays et seuls les démons demeurent, s'emparant de l'esprit et du corps du souverain, de ses sujets, das moines et des nonnes, pour les pousser à dénigrer et à humilier le Pratiquant du Sûtra du Lotus.
Par contre, si dans cette période postérieure à la mort du Bouddha, un homme renonce à son attachement aux Quatre Saveurs et aux Trois Doctrines et prend foi dans le Sûtra du Lotus, véritable Mahayana, toutes les divinités ainsi que les innombrables bodhisattvas sortis de la Terre le protégeront comme le Pratiquant du Sûtra du Lotus. Sous leur protection, il établira l'objet fondamental de vénération, représenté par les cinq caractères de Myo Ho Rengué Kyo, et le donnera au monde entier.
Il en fut de même pour le bodhisattva Fukyô (sans mépris) qui vivait à l'époque de la Loi formelle du bouddha Ionnô. Il propagea un enseignement de vingt-quatre caractères commençant par : "Je vous respecte profondément..." et fut persécuté et attaqué à coup de bâton. Les vingt-quatre caractères de Fukyô sont différents des cinq caractères de Nichiren, mais leur esprit est le même. Et la méthode de propagation est aussi exactement la même à la fin de l'époque de la Loi formelle du bouddha Ionnô et, maintenant, au commencement de l'époque des derniers jours de la Loi. Le bodhisattva Fukyô était une personne de shozuiki et Nichiren est un simple mortel de myôji-soku, qui sont toutes deux les premières étapes de la pratique.
Question. - Comment pouvez vous être certain d'être le Pratiquant du Sûtra du Lotus dont l'apparition est prédite au début de l'époque des derniers jours de la Loi ?
Réponse . - Un passage du Sûtra du Lotus dit : "... cela ne sera-t-il pas pire encore après son trépas ?" Dans un autre passage, on lit : "De nombreux ignorants nous humilieront et attaqueront les pratiquants du Sûtra du Lotus à coups de sabre et de bâton." (Sûtra du Lotus, chap 13). Un troisième passage mentionne : "Nous serons sans cesse bannis." (Ibid). Un quatrième : "Les gens seront pleins d'hostilité et il sera extrêmement difficile de croire." (Ibid, chap 14). Un cinquième : "Ils lui jetteront des pierres et le roueront de coups de bâton." (Ibid, chap 20). Un sixième : "Les démons, des personnes sous leur influence, des esprits du ciel et de la mer, des démons maléfiques nommés Yashas, des démons qui sapent la vitalité humaine et d'autres prendront l'avantage."
Pour que les gens puissent croire dans les mots du Bouddha, j'ai cherché dans le Japon tout entier, parmi le souverain et ses sujets, parmi les moines et les nonnes, les laïcs hommes et femmes, quelqu'un qui réalise absolument ces prédictions, mais je n'ai pu trouver personne d'autre que moi. Maintenant, nous sommes certainement au commencement des derniers jours de la Loi, mais si Nichiren n'était pas apparu, les prédictions du Bouddha seraient fausses.
Question. - N'êtes-vous pas un moine extrêmement arrogant, plus arrogant encore que Mahadeva ou Shunakshatra ?
Réponse. - Calomnier Nichiren est une faute encore plus grave que celle commises par Devadatta ou Vimalamitra. Mes propos peuvent paraître arrogants, mais mon seul but est de réaliser les prédictions du Bouddha et de révéler la véracité de ses enseignements. Dans le Japon entier, qui d'autre que Nichiren peut être qualifié de Pratiquant du Sûtra du Lotus ? Si vous dénigrez Nichiren, cela revient à considérer les prédictions du Bouddha comme mensongères. Ne seriez-vous pas alors une personne extrêmement mauvaise ?
Question. - Les prédictions du Bouddha semblent effectivement vous désigner. Mais ne pourrait-il pas y avoir un autre Pratiquant du Sûtra du Lotus en Inde ou en Chine ?
Réponse. - Il ne peut y avoir deux soleils dans le monde. Et peut-il y avoir deux souverains dans le même pays ?
Question. - Sur quelles preuves vous appuyez-vous ?
Réponse. - La lune apparaît à l'ouest et brille progressivement vers l'est, alors que le soleil se lève à l'est et envoie ses rayons vers l'ouest. Il en est de même pour la Loi bouddhique. Dans les périodes de la Loi correcte et de la Loi formelle, elle s'est propagée d'ouest en est, mais elle ira d'est en ouest dans la période des derniers jours de la Loi.
Le grand Maître Miao-lo a dit : "La Loi bouddhique a disparu en Inde, on doit maintenant la chercher ailleurs." (Hokke Mongu Ki, vol 10). Cette phrase indique qu'il n'y a plus de bouddhisme en Inde. Il y a cent cinquante ans en Chine, sous le règne de l'empereur Kao-Tsong, les barabares du Nord envahirent la capitale de l'est, détruisant le peu qui restait du bouddhisme en même temps que l'ordre politique.
En Chine, tous les sûtras du Hinayana et la plupart des sûtras du Mahayana sont aujourd'hui perdus. Même quand Jakushô et d'autres moines quittèrent le Japon en emmenant quelques sûtra en Chine, ils ne trouvèrent là-bas personne à qui les enseigner. Leurs efforts furent aussi vains que s'ils avaient tenté d'enseigner le bouddhisme à des statues de bois ou de pierre portant la robe de moine et la sébile. C'est pourquoi Tsouen-che a déclaré : "Le bouddhisme s'est d'abord transmis à partir de l'ouest, comme la lune apparaît d'abord à l'ouest. Maintenant le bouddhisme revient de l'est, comme le soleil se lève à l'est. (Tenjiku Besshû). Les propos de Miao-lo et de Tsouen-che établissent clairement que le bouddhisme à disparu en Inde comme en Chine.
Question. - Je vois qu'il n'y a plus de bouddhisme ni en Inde ni en Chine, mais comment pouvez-vous savoir qu'il n'y a plus de bouddhisme dans les trois autres terres à l'est, à l'ouest et au nord?
Réponse. - On lit dans le huitième volume du Sûtra du Lotus : "Après la mort du Bouddha, répandez largement le Sûtra dans la terre du Sud et ne le laissez jamais périr". (Sûtra du Lotus, Chap 28). Le mot "dans" indique que les trois autres terres étaient exclues.
Question. - Vous avez accompli les prophéties du Bouddha ; maintenant, quelles sont vos propres prédictions ?
Réponse. - La cinquième période de cinq cents ans a sans aucun doute déjà commencé comme le Bouddha l'avait prédit. Je dis que, immanquablement, le bouddhisme apparaîtra et se répandra de l'est, à partir du Japon. Des présages se produiront sous la forme de désastres naturels d'une ampleur sans précédent aux jours de la Loi correcte et de la Loi formelle. Quand le Bouddha naquit, quand il fit tourner la roue de la Loi, et quand il entra dans le nirvana, les présages, favorables comme défavorable, furent plus important que tous ceux observés auparavant.
Le Bouddha est le maître de tous les saints. Les sûtras décrivent comment, au moment de sa naissance, une lumière de cinq couleurs différentes brilla dans toutes les directions, et la nuit s'éclaira comme le jour en plein midi. Au moment de sa mort, douze arcs blancs traversèrent le ciel, du nord au sud ; la lumière du soleil s'éteignit et le jour devint aussi sombre que la nuit. Suivirent alors les deux mille ans de la Loi correcte et de la Loi formelle ; des saints, bouddhistes et non bouddhistes, naquirent et moururent. Mais jamais des présages d'une telle ampleur ne se reproduisirent.
Pourtant, depuis le début de l'ère Shoka (une période de l'histoire japonaise commencée en 1257) jusqu'à cette année, se sont produits d'énormes tremblements de terre et des phénomènes célestes extraordinaires, du même type que ceux qui apparurent à la naissance et à la mort du Bouddha. Sachez qu'un saint comparable au Bouddha est né. Une grande comète a traversé le ciel, mais pour quel souverain ou pour quel sujet est apparu ce présage ? La terre a tremblé et elle s'est fissurée par trois fois, mais à la venue de quel sage ou de quel saint peut-on attribuer cela ?
Il faut comprendre que ces grands présages, favorables comme défavorables, ne sont pas de nature ordinaire. Ils sont le signe que la Grande Loi pure prend son essor et que la Loi pure est en déclin. T'ien-t'ai a déclaré : "A la violence de la pluie, on reconnaît la force du dragon qui l'a causée ; à l'épanouissement des fleurs de lotus, on reconnaît la profondeur de l'étang dans lequel elles poussent." (Hokke Mongu, vol 9). Miao-lo a dit : "Les sages comprennent les présages et ce qu'ils annoncent comme les serpents comprennent les moeurs des serpents". (Hokke Mongu Ki, vol 9).
Il y a vingt et un ans, moi, Nichiren, ai compris ce qui allait se produire. Depuis, j'ai connu persécutions et malheurs jour après jour, mois après mois. Ces deux ou trois dernières années, entre autres difficultés, j'ai bien failli être mis à mort. J'ai peut-être une chance sur dix mille de rester en vie jusqu'à la fin de l'année, ou même jusqu'à la fin du mois. Si quelqu'un en doute, qu'il demande des détails à mes disciples.
Quelle joie de pouvoir expier en une vie des offenses à la Loi commises depuis le passé sans commencement ! Quel bonheur de servir le Bouddha qui, jusqu'à ce jour, n'a encore jamais été connu !
Je prie pour, avant toute chose, guider vers la vérité le souverain et tous ceux qui m'ont persécuté. Je ferai connaître au Bouddha Shakyamuni tous les disciples et tous ceux qui m'ont aidé, et, avant qu'ils ne meurent, je partagerai avec mes parents, à qui je dois la vie, l'ultime bienfait de cette foi.
Maintenant, comme en rêve, je comprends le coeur du chapitre Hôtô dans lequel il est dit : "Transporter le mont Sumeru sur d'innombrables terres de Bouddha ne serait pas difficile...mais propager ce Sûtra à l'époque mauvaise qui suivra la mort du Bouddha est difficile."
Le grand maître Dengyô déclara : "Shakyamuni a enseigné qu'il est facile d'adhérer à ce qui est superficiel, mais difficile de croire ce qui est profond. Rejeter le superficiel pour rechercher ce qui est profond demande du courage." (Hokke Shukû).
Le grand maître T'ien-t'ai pratiqua en accord avec la doctrine de Shakyamuni et fit rayonner l'école du Sûtra du Lotus à travers toute la Chine. Dengyô et ses disciples reçurent l'enseignement transmis par T'ien-t'ai et le propagèrent partout au Japon. Nichiren, de la province d'awa, a hérité du bouddhisme dans la lignée de ces trois maîtres et propagé le Sûtra du Lotus dans les derniers jours de la Loi. A ces trois maîtres du bouddhisme s'en ajoute donc un autre. Ensemble, il faudrait les appeler "les Quatre Maître des Trois Pays".
Nam MyoHo Rengué Kyo, Nam MyoHo Rengué Kyo.

Nichiren.

samedi 8 janvier 2011

Bonne et heureuse année à toutes et à tous !

Cette année je n'y couperais pas, c'est une tradition, je publie la lettre du nouvel an adressé le 5 janvier 1281 à la femme du seigneur Omosu (inconnu au bataillon pour le moment).


"Je viens de recevoir cent mushimochi (gâteau de riz) ainsi qu'une corbeille de fruits. Le jour de l'an marque le premier jour, le premier mois, le commencement de l'année et le début du printemps (selon le calendrier lunaire). Celui qui le célèbre gagnera en vertu et sera aimé de tous, comme la lune devient de plus en plus pleine en allant d'ouest en est ou le soleil de plus en plus brillant en voyageant d'est en ouest.
Tout d'abord, où se trouvent précisément l'enfer et le Bouddha ? Un sûtra répond que l'enfer existe sous terre et un autre nous dit que le Bouddha réside à l'ouest. Cependant, une recherche plus approfondie révèle qu'ils existent tous deux dans notre corps haut de cinq pieds. Si je pense ainsi, c'est que l'enfer est dans le coeur de celui qui, intérieurement, méprise son père et néglige sa mère, tout comme la graine de Lotus contient simultanément la fleur et le fruit. De même, le Bouddha existe en notre propre coeur ; le silex, par exemple, peu produire du feu et, sous leur gangue se trouvent des joyaux de valeur. Simples mortels que nous sommes, nous ne pouvons voir, ni nos propres sourcils qui sont si proches, ni le ciel dans le lointain. De même, nous ne voyons pas que le Bouddha existe dans notre propre coeur. Vous vous demandez peut-être comment il est possible que le Bouddha se trouve en nous, ayant son origine dans la semence et dans le sang de nos père et mère, est la source des Trois Poisons et le siège des désirs charnels. Mais de multiples considérations prouve la justesse de ce que j'avance. La pure fleur de lotus s'épanouit sur un étang boueux. Le santal parfumé a besoin de la terre pour pousser ; la gracieuse fleur de cerisier sort du bois de l'arbre ; la belle Yang Kuei Fei était la fille d'une servante et la lune s'élève de derrière les montagnes pour les éclairer. Le malheur sort de la bouche dune personne et la détruit, mais la bonne fortune vient de son coeur et la rend digne de respect.
La sincérité des offrandes que l'on fait au Sûtra du Lotus au commencement de la nouvelle année est semblable aux fleurs qui s'épanouissent sur les arbres, au Lotus qui s'ouvre sur un étang, au santal qui fleurit dans les montagnes neigeuses, ou à la lune qui se lève. En devenant l'ennemi du Sûtra du Lotus, le Japon s'attire aujourd'hui les malheurs de mille lieues alentour.
L'ombre est produite par le corps. Et, comme l'ombre suit le corps, le malheur s'abattra sur le pays de ceux qui sont hostiles au Sûtra du Lotus. Mais ceux qui croient au Sûtra du Lotus sont semblable au santal et à son doux parfum. Je vous écrirai encore.

Nichiren.